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Le poème, extrait de Le poème, la table, la lueur (à la croisée d'Il y a des choses que non de Claude Ber)

Le poème

 

            Des cimes désespérées aux plaines de la joie, dans ces vallées que les fleuves impassibles traversent avant de se jeter dans la mer, le poème se fait écho, et des phrases saisies – comme on invite l'étranger à la table mise – sur le drapé de la page, tels les fruits ouverts que les paysans ramènent des champs, dans l'opulence du don ; le voici sorti de sa bogue dont je fais offrande aux simples passants.

 

            Le sens à fleur de peau, faisant corps avec la parole errante, car long est l'itinéraire par les chemins où je vais, voyageur solitaire, à la poursuite des bouts de ciel bleu, à la pointe des côtes, dans l'aboiement des chiens, gardiens des propriétés, m'élevant parmi les herbes sauvages à grandes enjambées, découvrant la beauté des lieux à hauteur d'homme, à la rencontre d'autres expéditions en échappées solitaires.

 

            J'ai dix-sept ans. « On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans. » Je lis pourtant Les feuillets d'Hypnos. Le propos du poète se densifie, se fait cristal, reliant les noms des frères à ceux du verbe. Le capitaine Alexandre et le poète ne font qu'un, sous le signe blessé de l'engagement résistant. Tandis que l'hiver sévit, de son sommeil hypnotique, les fragments notés en toute vitesse deviennent des aphorismes, là où croît le péril : « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil. » Face à la froide saison, l'appel de la conscience sera donc cicatrice, non plaie ouverte. Cependant le durcissement de l'âme, dans une époque qui a condamné à être « un simplificateur claquemuré », faudra-t-il le prolonger ainsi au fil du temps ?

            Héritage « précédé d'aucun testament » : son courage.

            Qui nous convie à notre tour à  nous battre avec humilité.

            Autres temps, autres mœurs, dira-t-on ?

           La trace, elle, demeure. Fait rêver de lendemains plus beaux reconquis. C'est à travers la trace, l'humain qui demeure. Digne. Scandant la beauté malgré la tourmente. Il est toujours l'heure d'ouvrir le poème, de faire corps avec le sens magicien pour écrire un présent de paix retrouvée. Quand j'ai découvert René Char, j'ai trouvé un trésor en son œuvre. Je place sa poésie si haut qu'elle me semble capable de rallumer les braises sous la cendre. Où la formule fuse, s'étend sa portée. À même de se lancer vers de nouvelles conquêtes, de nouvelles libertés. Tout est à réinventer dans ce sillage. Le livre refermé, reste le chant des muses, celui du « désir demeuré désir »...

 

          Sur mes genoux, les ouvrages encore entrouverts, d'échos en échos, qui écrivent – chacun – le même livre toujours recommencé, mer ou ciel infini où le silence se charge de l'appel à une voix plus libre, plus vive, renaissante !

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