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Serge Pey, le chaman en action

Dans sa préface à son anthologie arbitraire de poèmes et de bâtons intitulée Poésie publique Poésie clandestine, « À pleine puissance », André Velter dresse un portrait du poète toulousain Serge Pey en chaman en action : « Chaman qui chevauche les pulsions du souffle et du sang, Serge Pey ritualise l’espace de la parole. Avec lui, la poésie tape du pied, devient vertige, envoûtement et libération de chaque fibre du corps. » Sa scansion se fait alors le réceptacle de ce que l’ordinaire cache : « de l’exaltation massacrée au lancinant retour des suicidés de la société, de la jubilation d’être à l’irradiante tendresse des dépossédés. »

Dans cette empoigne du monde, ce corps à corps laissant s’élever ses chants vecteurs, le poète-chaman exalte une poésie hors format, toute tendue vers l’action, une mise en acte telle une mise à nu, dépoussiérant le langage et affirmant farouchement sa part de liberté, ce que rappelle avec justesse son éditeur Bruno Doucey lorsqu’il a accueilli avec bonheur sa parole insurgée dans sa maison d’édition, lors de la publication de Venger les mots : « Agit-prop, action poétique, art-action, happening, performance, installation, création de situations, poésie sonore et visuelle, scansions chamaniques, recours au bâton poème… les mots peinent à définir le travail d’un artiste qui déplace les lignes, refuse les catégories établies et ne réduit jamais le poème à l’écrit. »

Dès lors, pour filer la métaphore que ce troubadour scande, dans son poème « Le soleil et la loupe », l’écriture ne serait rien, si elle ne savait embraser ce monde, et les écrits en miroirs, en loupes, seraient lettres mortes, si ces derniers ne puisaient leur énergie solaire, cette chaude lumière, grâce à laquelle ils puissent devenir lettres flamboyantes et « mettre le feu à la plaine » : « Il s’agit de proposer la multiplication / des foyers de poésie / pour commencer à mettre le feu / à la plaine / Il nous faut montrer la voie du feu / et distribuer secrètement des loupes / lors de nos réunions clandestines de poésie / En tenant la loupe / nous devenons nous-mêmes / des rayons / qui se concentrent / en un  seul point / En ce sens nous montrons / que nous sommes tous les rayons / d’un même poème »

Porteur jusqu’à l’incandescence d’une telle parole, Serge Pey demeure selon Michel Baglin, dans l’article qu’il consacra pour le numéro 29 des cahiers littéraires internationaux, Phoenix, celui qui traverse et que traverse « la poésie tellurique » dans chacune des performances et des poèmes qu’il sème ainsi, par son rythme entêté : « « Théoricien, il s’est intéressé aux poésies premières comme au taoïsme, à tout le champ de la spiritualité, au happening, à la poésie sonore, à l’agit-prop et l’art-action. Il sait que « le poème perçoit / ce qu’on réduit pas » (Hypothèses sur l’infini), que la poésie est résistance à toute forme de réduction. / Avec Serge Pey, tout reste ouvert et la poésie est toujours en devenir. Car « le poème n’est qu’une méthode pour s’enlever la peau et trouver le dedans au plus loin de nous », il se maintient dans l’action. « La parole mange ce qu’elle dit » et « une parole est une bouche / qui ouvre une autre bouche ». Enfin n’oublions pas « qu’être poète c’est sûrement faire reculer les limites de la définition du poète » » !

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