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André Breton, l'aventurier surréaliste

L’épitaphe d’« André Breton. 1896-1966. Je cherche l’or du temps » est véritablement le trait marquant de sa recherche obstinée d’une splendeur de l’existence, faisant fi de l’ « air du temps » auquel il a toujours refusé de se conformer. Cette tension qui l’anime fit à la fois ses failles et sa force, expliquant l’autoritarisme avec lequel il exclut du groupe surréaliste dont il indiquait l’orientation, ceux qui ne se conformaient pas, selon lui, à cette exigence de remise en cause en vue d’une requalification de la vie. Parler de cette direction qu’il donna au mouvement, c’est parler de sa quête individuelle se mêlant à l’expérience collective de Dada et du surréalisme, des manifestations et des naissances de revues dans lesquelles il fut le grand instigateur. Dès 1919, ses écrits avec Philippe Soupault marquèrent les esprits par leur écriture automatique qu’il énonça en définition du « surréalisme » dans le Manifeste de 1924 : « n.m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. »

Dans la signature des deux premiers Manifestes du Surréalisme, l’écrivain-théoricien a rassemblé l’essentiel de ce qui constitue selon lui une voie, et même la seule à ses yeux, radicalement nouvelle vers une transformation de l’homme et du monde, le principe d’une poésie authentique, libératrice inconditionnelle des « produits de la vie psychique » grâce à son caractère spontanément créateur de « l’automatisme verbo-visuel », fruit d’un processus nouveau faisant référence à l’apport de la psychanalyse, tel qu’il le restitue dans sa pensée, dans le Second Manifeste du Surréalisme de 1930 : « Tout comme dans le monde physique, le court-circuit se produit quand les deux « pôles » de la machine se trouvent réunis par un conducteur de résistance nulle ou trop faible. En poésie, en peinture, le surréalisme a fait l’impossible pour multiplier ces courts-circuits. »

Miroir privilégié de cette « surréalité », telle qu’elle est éprouvée, dans son expérience continue, par un être vivant, une femme située au-delà des prétendues frontières entre raison et folie, entre rêve et bon sens, le personnage de Nadja dont le récit-autobiographique éponyme fait le portrait diagnostic, apparaît en tentative de continuer l’expérience littéraire amorcée par Nerval dans Aurélia. Au moment d’apprendre « que Nadja était folle », André Breton chercha à dégager le sens d’une telle « folie » : « L’absence bien connue de frontière entre la non-folie et la folie ne me dispose pas à accorder une valeur différente aux perceptions et aux idées qui sont le fait de l’une ou de l’autre. Il est des sophismes infiniment plus significatifs et plus lourds de portée que les vérités les moins contestables : les révoquer en tant que  sophismes est à la fois dépourvu de grandeur et d’intérêt. Si sophismes c’étaient il faut avouer que ceux-ci ont du moins contribué plus que tout à me faire jeter à moi-même, à celui qui du loin vient à la rencontre de moi-même le cri, toujours pathétique, de « Qui vive ? » Qui vive ? Est-ce vous Nadja ? Est-il vrai que l’au-delà, tout l’au-delà soit dans cette vie ? Je ne vous entends pas. Qui vive ? Est-ce moi seul ? Est-ce moi-même ? »

Cette recherche de l’identité profonde (« Qui suis-je ? ») révélée par la beauté de Nadja, « CONVULSIVE », pour reprendre la dernière formule de l’ouvrage, sera poursuivie dans son cycle des œuvres en prose, L’Amour fou, Les Vases communicants, Arcane 17, rendez-vous pris avec la « beauté sans destination », telle que le poète, à l’affut des rencontres et de l’insolite dans la réalité quotidienne, la dépeint dans Les Vases communicants : « Beauté sans destination immédiate, sans destination connue d’elle-même, fleur inouïe faite de tous ces membres épars dans un lit qui peut prétendre aux dimensions de la terre ! La beauté atteint à cette heure à son terme le plus élevé, elle se confond avec l’innocence, elle est le miroir parfait dans lequel tout ce qui a été, tout ce qui est appelé à être, se baigne adorablement en ce qui va être cette fois. » Mystère néoromantique de l’amour, hymne radical à la beauté, l’écriture de l’aventure surréaliste par André Breton aura été l’invention de ce véritable art de vivre !

(Photographie d'André Breton par Henri Manuel en 1927)

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