Sous le signe de la révolte
En hommage à Raoul Vaneigem, Guy Debord et Karl Marx, un extrait final d'un essai de parcours de philosophie politique que j'ai rédigé au fil de lectures, mesurant l'apport essentiel de ces trois figures d'une pensée en révoltes, s'interrogeant ainsi sur ce qu'il en reste et sur ce qu'il reste possible de partager...
Ce qu’il en reste
À l’heure de l’évacuation de la culture politique par le spectaculaire, il est légitime de se demander ce qu’il reste des trois figures de la révolte que j’ai étudiées dans ce parcours de lecture. On peut effacer de la mémoire par un lent travail de sape les œuvres de trois vies, on n’en congédie pas le combat. La mondialisation porteuse d’une crise sociétale et écologique annoncée par Karl Marx s’est implantée, installant le dernier degré de la société du spectacle, le spectaculaire intégré, pour reprendre le vocabulaire de Guy de Debord, tandis que nous aspirons à sortir de la survie pour vivre pleinement la vie, selon l’analyse de Raoul Vaneigem. La lutte demeure donc, et grâce à ces trois-là, nous avons des outils.
La substance de la pensée
Une pensée en dissidence peut donc couler dans nos veines où se mêlent notre propre respiration aux grands souffles de trois loyaux adversaires du monde libéral tel qu’il s’enlise en générant toujours plus de misère pour le plus grand nombre et de richesse pour une poignée… La substance d’une pensée devient une arme où s’aiguise le regard, où s’exerce notre lucidité dans un pessimisme combatif, puisque nous devons, pour reprendre la citation gramscienne, relayer le pessimisme de la conscience à regarder le réel en face, auquel nous invitent ces trois penseurs, par l’optimisme de la volonté.
Le dépassement par l’art
Cet optimisme de la volonté peut trouver sa raison d’être dans la création artistique, puisque ces auteurs nous convient à être plus créatifs pour renverser le libéralisme et révolutionner notre vie quotidienne. Le mouvement situationniste, dont les deux œuvres clés demeurent La société du spectacle et Le traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations, ne peut se comprendre s’il ne s’envisage pas aussi comme un mouvement artistique dont les apports en art sont certains. Modestement, j’ai fait la tentative dans mon écriture poétique de faire résonner au présent une révolte que je sentais sourdre en moi, décrivant, dans L’œil dévore, la cérémonie du sommeil des écrans qui ne saurait résorber l’œil, et guettant, dans La nuit souveraine, la clarté qui viendrait désormais dénouer la nuit qui s’installe.
Aux actes
La théorie se perd dans l’idéal si les gens ne se l’approprient pas. Il n’y a pas dès lors à faire à la place des gens, mais à laisser œuvrer les idées, à les confronter à la pratique en étant une fois encore gramsciens et visant la création d’un intellectuel collectif. J’appelle de mes vœux au partage des angles de conscience, aux pensées de la délivrance qui tracent des instants fauves. Que cela alors puisse se traduire dans des actes de résistance qui ne seraient en rien des gestes de violence, mais œuvrant en toute innocence : « L’acte est vierge, même répété. » (René Char, Les feuillets d’Hypnos)
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