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Jean-Pierre Siméon, l'homme de la ferveur

Être humain fait de simplicité et de délicatesse, poète lyrique exprimant la profondeur de l’émotion, Jean-Pierre Siméon dans son tissage de la vie et de l’œuvre, au singulier et au pluriel, est présenté par Jean-Marie Barnaud, dans l’édition en 2017 en collection Poésie/Gallimard de Lettre à la femme aimée au sujet de la mort, précédé de Le Bois de hêtres et de Fresque peinte sur un mur obscur, comme un écrivain de la ferveur : « Le mot qui me vient, lorsque je pense à l’œuvre poétique de Jean-Pierre Siméon, c’est celui de « ferveur » »  tant dans l'écriture à la première personne que dans la défense de la cause poétique, à travers des manifestations culturelles d'envergure...

Si l’auteur à la fois conscient et plein d’utopie de La poésie sauvera le monde, essai-plaidoyer pour une révolution par la poésie réhabilitée face aux enjeux contemporains, affirme : « il est urgent de restituer à notre monde sans boussole la parole des poètes, rebelle à tous les ordres établis. Pas de malentendu : si la poésie n’est pas la panacée, si elle n’offre pas de solutions immédiates, elle n’en est pas moins indispensable, d’urgente nécessité même, parce que chaque poème est l’occasion, pour tous sans exception, de sortir du carcan des conformismes et consensus en tous genres, d’avoir accès à une langue insoumise qui libère les représentations du réel, bref de trouver les voies d’une insurrection de la conscience. », il importe cependant de se demander avec franchise si la « raison » poétique est toujours infaillible ?

Héritier des combats de René Char, la parole de Jean-Pierre Siméon prend alors en compte la douleur du monde et les tragédies de l’Histoire dont il témoigne dans ses propos sur le temps présent intitulés Les yeux ouverts : « Il y a certes bien des façons d’agir quand, citoyen alerté, on juge mauvais le cours des choses et en péril les valeurs essentielles d’humanité : manifester dans la rue, militer dans des associations ou des partis politiques, lancer des pétitions… Je ne me suis jamais dérobé pour ma part à ce genre de nécessités. / Mais je suis poète et contrairement à de vieux préjugés à la peau dure qui veulent que la poésie soit hors du monde, je considère que le poète qui tient parole a son mot à dire sur la marche du monde, ni plus ni moins que les sociologues, psychologues, politologues et autres machinologues en tout genre… / La parole du poète n’est sûrement pas meilleure ni plus avisée que les leurs mais, nourrie de l’effort de conscience et de l’exigence d’une langue libre et indocile qui sont les caractères fonciers de la poésie, elle est peut-être autre. / Parole intempestive, intransigeante autant que fraternelle, elle peut, révolte d’âme, rappeler, au-delà des débats de circonstance, qu’en toutes choses doit prévaloir sans compromis le vœu d’une humanité ouverte et affranchie de ses peurs. »

C’est dans le sens d’un semblable engagement que l’écrivain a rédigé, dans son/sa Politique de la beauté, un éloge de cette splendeur possible en tant qu’acte ouvert à cette part de l’autre qui revêt une double dimension éthique et politique, tout à la contemplation fervente du visage en invitation à la lumière recueillie par ces heures parfois obscures: « Tout visage est un seuil / et si je t'aime toi dont les yeux ouvrent / sur un jardin / c'est qu'en toi je franchis les déserts / qui me séparent de la beauté / ce qui sépare de la beauté / est ce qui sépare du monde / car la beauté n'est point seule / présence partagée et qui jaillit / au centre des heures dispersées / comme un soleil dans la nuit » !

 

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